22/11/2020

Résilience rurale, partie 4 sur 5 : le M.E.R (Micro Exploitation Résiliente)

 


Que puis-je faire, dans l'urgence, pour me créer, y compris en ville, une Micro Exploitation Résiliente, principe que nous allons appeler le MER, pour ne jamais l'oublier : toujours possible, toujours accessible ...

Faisons le point ensemble sur les besoins à minima par personne et comment les traduire concrètement.


I Ce qu'il me faut obtenir pour concevoir ma MER

  • 40 m² de surface maraîchère par personne à nourrir 
  • 14 oeufs par semaine et par personne à défaut de viande, soit 3 poules par personne à défaut de quoi que ce soit d'autre, mais peut être réduit de moitié
  • l'accès à un fruitier qui donne des fruits à production assez longue et qui se gardent : pommier essentiellement, noyer, noisetier, et tous fruits opportunistes
  • l'accès éventuel à une zone de pousse d'orties
  • De bonnes relations avec un éleveur de bovins (produits laitiers et fumier) - mais on peut éventuellement s'en passer
  • 1 petit véhicule, y compris vélo, avec petite remorque tractable
  • 1 petit bâtiment clos et couvert, même sobrement
  • 1 petit moyen de chauffage mobile éventuellement, ou cheminée - en privilégiant le bois, donc un accès au bois
  • 1 ou 2 moyens de stocker l'eau ou un accès à de l'eau hors circuit potable traditionnel


Voilà le minimum syndical d'urgence ... Il y a 6 mois, si j'avais écrit cela, tout le monde m'aurait traitée de survivaliste en mode extrême. Le but reste le même : vivre sobrement, sans que cela ne dépende trop des circuits traditionnels ou de l'argent. 

C'est également réalisable en ville, même si plus compliqué !

II Ma surface maraîchère

  • Sur place, si je suis propriétaire ou locataire d'un petit lopin de terre agricole
  • Sur le toit de l'immeuble avec mes co-locataires si j'habite dans un immeuble à toiture plate
  • En partie sur ma terrasse, si j'ai une terrasse
  • Sur une terre prêtée (mairie, particulier, négociée), et il y en aura sans doute

40 m² par personne, cela suffit à produire assez de pommes de terre et de légumes divers (voir mes articles précédents), vous pouvez, si optimisé, produire 180 kilos de légumes divers sur cette surface et peut-être plus en faisant une seconde saison avec les légumes hivernaux.



Des merveilles peuvent être faites sur les toitures et terrasses, mais il va peut-être falloir fonctionner en communauté de locataires et/ou propriétaires

Il existe d'innombrables micro surfaces inexploitées dans les villes ou les villages. Pour en avoir discuté avec des pratiquants, le plus gros problème actuel reste le vol de légumes en saison.


III Mes oeufs

Et oui .... mes protéines. Les végans trouveront une autre méthode. Une poule pond environ 6 oeufs par jour en haute saison, mais il reste environ 60 jours de basse saison : trop chaud ou trop froid.

Il vous faut 1 à 2 oeufs par jour pour subvenir à vos besoins. Les oeufs apportent une source excellentissime de lipides (dont le bon cholestérol) et de protéines. Un humain consommera donc entre 5 et 14 oeufs par semaine en fonction de ses besoins (adolescent en pleine croissance à personne âgée qui bouge peu)



Pour une famille de 4 personnes, composée de 2 adultes et 2 enfants, il vous faudra donc, à peu près, 45 oeufs par semaine, si vous n'avez aucune autre source de protéines. 8 poules donc. Mais ce chiffre peut être réduit si vous consommez des protéagineuses, telles les lentilles, ou si vous pouvez vous procurer un peu de viande.

8 poules peuvent être élevées sur une terrasse, une toiture d'immeuble ou même, en cas de très grande précarité, dans une pièce. Il faudra néanmoins les nourrir, mais cela reste possible avec vos restes alimentaires additionnés de petits vers de vase ( ou de terre ou de farine) et de céréales. La poule est une omnivore qui  tire sur l'insectivore : il lui faut aussi des protéines, mais même de la viande avariée peut faire l'affaire.

Tant que le système tient le coup : un mélange tourteaux de soja (20%), maîs, orge, blé, est parfait.

Il faudra, à vos poules, un toit pour dormir et pondre, de l'eau en abondance.

En période de difficulté, la poule peut disposer d'un endroit réduit si elle a une belle alimentation, pour 10 poules, 50 m² suffisent, 20 m² en cas de crise grave du logement. 1m² par poule sur une période très courte.

Sur mon site lafermedegaia.net vous avez toutes les informations sur la poule, sa reproduction, sa protection et ses soins.

IV Mes fruits

Les fruits, secs ou non, constituent une source qualiteuse de vitamines et énergie de qualité. Leur présence dans le menu est aussi d'un  grand réconfort.

Dans une micro exploitation, une surface réservée au verger est indispensable. Mais il faut 10 ans pour faire un fruitier vraiment productif.

Préférez donc l'achat d'un terrain déjà habité par des fruitiers si possible. Sinon, plantez vite .... de beaux jeunes arbres qui taillent déjà 1,50 mètre.



Tous les fruits ne se valent pas en terme de

  • rusticité
  • abondance de production
  • garde de leurs fruits
  • apports nutritionnels

Choisissez donc 1 à 2 oléagineux (noisettes et noix) ainsi qu'un pommier pour la garde. Le reste est du plus. 1 pommier peut suffire, s'il est beau à 3 familles, production de gnole inclue ... (oups pardon, je retire, c'est verboten)

Il va de soi que les citadins vont devoir bouger pour aller chercher leurs fruits : troc, négociation, réseau, etc.... Mais il y  a tant d'arbres fruitiers peu exploités ! Certains seraient contents d'échanger cueillette contre récolte partielle.

V Mes orties

Si elles sont là, je les vénère : 40% de protéines minimum sur matière sèche, formidable plante médicinale, 74 calories pour 100 grammes de cueillette fraîche, mais aussi, hachées, un fabuleux moyen de booster la ponte des poules.



Le purin d'ortie est à la fois : parasiticide, fongicide, insecticide et engrais selon le dosage !!!!!!

SI j'ai un terrain sans ortie : j'en sème

Si je suis citadin : je vais en chercher dans les zones sauvages non polluées (soit ni les bords de route, ni les friches industrielles)

VI Mon réseau rural

Citadin ou rural, votre réseau est tout ! L'autarcie n'existe pas et chacun a souvent une partie de la solution du voisin. Commencez donc par vous fournir chez les locaux et faire connaissance avec les richesses de votre région plutôt que de cibler systématiquement l'hyper du coin pour les légumes frais ou la viande.



Prenez donc du temps sur vos moments de détente pour tisser votre nid. Et n'hésitez pas à rendre service.

    Vous allez récupérer :

1°) des bons produits

2°) de bonnes recettes, trucs et astuces

3°) des services rendus et à rendre, du troc

4°) Un moyen de répondre à vos besoins

5°) Trèèèès important : de la joie de vivre et la liberté de communiquer

VII Mon véhicule

Il ne s'agit pas de rouler avec un utilitaire neuf à 30.000 euros, mais de pouvoir se déplacer en transportant de petites charges :

  • Utilitaire d'occasion
  • Vélo et remorque
  • Petite voiture et remorque

Rural ou Citadin : la possibilité de bouger et d'emmener quelqu'un ou quelque chose est stratégique. IL est parfois possible de mutualiser les moyens au sein d'un immeuble ou d'une communauté face à des pénuries communes et des solutions non moins communes.



VIII Mon habitat

Vous avez envie de ruralité ? et vous n'avez que peu de moyens ? Visez un terrain agricole avec une vieille grange, c'est bien mieux que rien. Et il est souvent préférable de camper un peu chez soi que de vivre un isolement social pseudo-douillet.

Attention aux : yourtes, camions, bus et autres moyens nomades, ils sont très légiférés et ne peuvent pas rester plus de 3 mois à la même place. Les mairies, même rurales, leur font souvent la chasse.

Attention également à tous les écos lieux qui construisent en matières recyclées des habitats superbes, j'ai bien peur que les préfectures finissent par leur tomber dessus.

Il existe de nombreux terrains qui disposent d'une cabane ou d'une vieille grange, ne comptez pas vous reconstruire une super maison, car là aussi vous n'aurez pas nécessairement les accords, mais faites vous votre MER et vous aviserez plus tard.

Puis, reliez chaque toiture à une gouttière, chaque gouttière à une cuve isolée pour la basse saison (le gel) : l'eau va constituer un enjeu majeur.



Si vous côtoyez une région boisée, voyez avec les bucherons pour acheter du bois ou cherchez vous-même des affouages municipaux (si vous êtes en mesure de bucheronner). SI vous avez un bois bien à vous, ne le défrichez pas : entretenez le et utilisez le fruit de cet entretien en bois de chauffage ou BRF.

Vous habitez en ville : alors concevez votre MER dans une zone agricole voisine car l'un n'empêche pas l'autre. Vous pouvez, pour des sommes très modiques, trouver de petites zones inexploitées et à vendre pour des prix qui vont de 2 à 5000 euros. Veillez toutefois toujours à l'approvisionnement en eau et à la qualité de la terre.

3.000 euros, c'est le prix d'un prêt à la consommation ..... ou d'un an de cigarettes.

Alors quoi ? On s'y met ?

Bah oui ! il n'y a rien à perdre à concevoir ce micro projet rural, sa MER !

Avant d'être dans la merde justement. Un peu d'huile de coude, de la bonne humeur et hop, c'est une opération sans risque :)


Couple de juments de trait comtoises au travail en pair avec leur maman (moi :) )


Bon courage et à bientôt dans notre partie numéro 5

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