16/09/2020

Voyage au pays de la peur

 



Nous vivons des temps de peur. Notre voisin de palier ou de village, notre parent, notre ami : nous ne les reconnaissons parfois plus. Clivés entre le camp des "pours" et le camp des" contres", pour ou contre le Covid, le masque, les mesures .....

Je vous propose de découvrir comment fonctionne la peur au travers d'un nouveau voyage et qui, je l'espère, actionnera en vous tous les leviers de la libération.



Ce matin là, alors que j'hésitais entre mais et orge pour un cheval à peine fatigué, une petite missive joliment présentée glissa sous la porte. J'ouvrais tout de suite, mais c'est à peine si je vis la silhouette fugitive qui s'enfuyait aussi rapide qu'un courant d'air, me laissant en guise de signature, l'entêtant parfum de jeune rose qui la caractérisait.

J'imaginais, en ouvrant l'enveloppe, une belle personne ou une nouvelle intéressante. Et grande fut ma surprise d'y trouver une invitation sur papier doré pour un échange improvisé autour d'un thé et de gâteau, sur le thème de la réponse aux problèmes sociétaux actuels !

Voilà qui était vraiment intéressant ! Et vraiment à point nommé !  En pleine crise sanitaire

Je m'habillais de propre, réfléchissant d'ailleurs à tous ces problèmes et me rendant compte que j'en avais zappé pas mal ; ce qui finit par constituer une longue liste me plongeant dans un abîme de réflexion. Je n'avais pas vu les choses aussi graves finalement. Puis je me mettais en route avec enthousiasme pour cette passionnante conversation à venir.

L'adresse était évidente, une superbe maison nichée au milieu des fleurs et d'un accès vraiment facile avec un large parking et une hôtesse adorable qui vint à ma rencontre pour m'accompagner dans un patio douillet. L'hôtesse était vraiment jolie, une grande femme habillée avec élégance, souriante, un large plateau de sucreries dans les mains et je me précipitais à sa rencontre en tentant de lui rendre son sourire.

Attention, votre pied, vous allez trébucher dans le tapis ! Me dit-elle avec une telle urgence dans la voix que je stoppais nette mon avancée

Elle me montra la chaise de droite en commentant brièvement sur la fragilité de la chaise de gauche dont les pieds étaient, semble-t-il, fragiles.

Puis enfin, nous nous assîmes en face à face, le thé fumant sous le nez, un coussin bien chaud dans le dos et le chant des criquets en musique de fond.

- Merci de me recevoir ! Votre invitation m'a surprise, je ne savais pas que ma réputation de journaliste avait déjà parcouru le pays

- C'est que lorsque le temps est venu de m'investir, je n'hésite pas à établir des antennes partout pour mieux communiquer ! Répondit-elle

- Mais vous ne m'avez toujours pas dit à quel titre ? En fait j'ignore tout de vous, je n'ai que l'adresse de cet endroit délicieux

- Je suis la Peur, vous ne me connaissez pas encore ?

- A vrai dire je ne vous imaginais pas ainsi ! Vous êtes si belle ! Si souriante ! Si accueillante !

- Et bien, au risque de vous surprendre, je suis une séductrice - croyez vous qu'on attire les mouches avec du vinaigre ? Qui me connait m'adopte, et pour longtemps ! Il faut donc que je me montre attirante !
- Pardon, mais pour quelle raison voulez vous séduire et quel type de public ? Si je puis me permettre et surtout pourquoi faire ? 

- Mais ma vie en dépend ma bonne dame ! Ma vie sociale, ma vie mondaine, ma vie professionnelle, ma vie émotionnelle .... Qui suis-je si on ne me donne aucun pouvoir d'attraction ?

- Je ne sais pas moi, mais votre objectif est-il vraiment de "faire peur" ?

- Ah non, moi je n'ai aucun objectif, d'ailleurs j'ai toujours été assez bête m'a dit Dieu, un jour où je le priais de me préciser ma fonction.

- Et pendant qu'on y est, il vous a dit autre chose ? Dieu ..... ?

- Oh oui, il m'a dit "ma bonne fille, je ne t'ai pas créée pour réfléchir ! Je t'ai créée pour ramener les gens à leur Seigneur et Maître : Moi! et pour cela, il n'est pas nécessaire de penser, vois-tu, penser, c'est être .... et être, ce n'est déjà que trop d'indépendance" Dieu m'a donc faite inculte, je ne sais ni lire ni écrire, d'ailleurs je suis très très myope. Par contre j'entend et je répète très bien, il m'appelle "mon petit perroquet"

Je me rassis au fond de mon fauteuil, thé à la main, pensive, me demandant tout de même ce que je foutais là. C'est qu'elle avait l'air vraiment stupide, Madame Peur .... Gentille, alors, peut-être ? Je repris donc mes interrogations, histoire de débattre d'autre chose que de son physique gracieux et de son cerveau visiblement peu pertinent.

- C'est vraiment gentil à vous de me recevoir ainsi, mais que puis-je pour vous ? Ne devions nous pas évoquer ensemble les problèmes sociétaux actuels ?

- Mais je suis gentille ! Qui me côtoie sait que je fais tout mon possible pour tout offrir : le confort des acquis, la jouissance de ce qu'on a déjà, la sérénité de ce qui ne change pas, la sérénité du présent ...

- Oh si je vous comprend bien, vous n'aimez pas le changement ! 

- Ah non ! Le changement, c'est l'inconnu, la perte potentielle de ce que l'on a durement gagné, les épreuves. D'ailleurs avez vous déjà vu une femme changer de parfum ? Non non non : changer, c'est prendre le risque de déplaire !

- Croyez vous vraiment que le changement, c'est la perte ? Oui bien entendu, la perte de ce que l'on connait, mais il y a parfois tant à gagner en renonçant à la stabilité maussade du quotidien !

- Gagner quoi ? Le loto ! Voyez vous, la prudence consiste à ne pas jouer, cela évite de perdre !

- Certes, mais il n'y a pas que le jeu, il y a aussi toutes ces circonstances où la vie ne nous laisse pas vraiment le choix. Alors autant en profiter pour créer du neuf et faire encore mieux, non ?

- Je ne suis pas d'accord avec vous ! On sait ce qu'on perd, jamais ce que l'on gagne !

- Et bien vous n'avez pas volé votre nom vous !

- Attention, si vous devenez désagréable, Dieu me protégera ! C'est que, voyez vous, j'ai plusieurs millions d'années malgré mon éternelle beauté ! Alors que vous - pauvre petite, vous avez peut-être encore 50  ans devant vous, si vous n'attrapez pas le cancer, la fracture du myocarde et le covid.

- Plusieurs millions d'années ????? 

- Oh ouiii ! Je suis immortelle ! Dieu m'a créée en même temps que le plus vieux d'entre vous ! Et c'est même moi qui l'ai serré dans mes bras lorsqu'il agonisa à l'âge de 34 ans !

- Vous voulez dire que Vous - là - ici présente, vous avez connu Lucy ???

- Elle et même avant elle ! Mon Dieu comme ils avaient peur de mourir ! Dieu m'avait prévenue d'ailleurs, il m'avait dit que j'aurais un rôle essentiel à jouer : rappeler à chacun qu'il était condamné - à moins de mériter le Paradis - mais ça ce fut plus tard, lorsque l'homme commença à réfléchir

- Vous voulez dire - si je pige bien - que vous côtoyez chacun avant sa mort ?

- Parfaitement ma chère ! Des millions d'années, des milliards et des milliards d'hommes ! Tous meurent en pensant à moi : qu'en dites vous ?

- Et bien je vois que vraiment, vous êtes plus séduisante encore que je le croyais ! Mais que vient faire le paradis dans cette histoire ?

- La religion ! Dieu s'est dit - à un moment où l'homme commençait à trop réfléchir, vous savez : la pensée, je pense, donc je suis et blabla .... - donc Dieu s'est dit, il pensent trop, et il m'a dit : tu ne fais pas ton boulot, je vais te donner des adjoints. Ils menaceront l'humanité d'un enfer si épouvantable qu'il ne peuvent pas l'imaginer, ils imagineront un Dieu vengeur, ils adopteront des règles que l'on nommera des dogmes, soit n'ayant pas besoin d'être clairs, rationnels ou justifiés. Ils puniront ceux qui ne les respectent pas et auront peur de la punition. A partir de là, tout fut simple ..... Même lorsqu'ils mangeaient à leur faim, avaient un habitat merveilleux, une santé de fer et une famille aimante, l'homme eut peur, peur de la mort et même d'après la mort.

- C'est horrible ce que vous dites ! Mais pourquoi continuez vous à semer cette horrible peur ?

- Mais parce que Dieu me le demande !

- Et alors ! Refusez ! Vous avez l'air gentille au fond (même si un peu con pensais-je)

- Non non non : c'est que moi aussi j'ai peur voyez vous .... Si vous ne ressentez plus ma présence, je disparais - je meurs .....

- Voilà donc le problème : pour vous la vite éternelle et pour nous une éternité de trouille !

- Non mais ce n'est pas moi, c'est Dieu !

- Mais dites moi, Dieu, vous avez l'air de bien le connaître : à quoi il ressemble ?

- Mais je ne l'ai jamais vu - Moi - Dieu !

- Mais vous parlez sans cesse de Lui ?

- Ah mais c'est qu'il me parle, je vous ai dit que j'étais bigleuse ...

- Il vous parle comment ?

- Bah dans ma tête, comme pour vous !

- Non, moi Dieu ne me parle pas ... enfin pas que je sache ....

- Si si, il parle à tout le monde, c'est ce qu'il me dit. D'ailleurs, je suis si seule, sans Lui, je serais perdue. Isolée

- Mais enfin, vous venez de me dire le contraire : vous avez serré des tonnes d'hommes crevant de trouille avant de passer de vie à trépas

- Oui, ça Oui, mais pour le reste, personne ne veut vraiment de moi, on m'aime mais on ne m'épouse pas - pire, officiellement on me fuit comme la peste alors que c'est moi qui console chaque chagrin, même d'Amour !

- Parlons en de vos consolations, c'est une terrible souffrance que de perdre l'amour !

- Bah oui, justement, moi, la Peur, je préviens que ça peut arriver, comme ça, ça fait moins mal.

- Mais vous n'évitez rien, par contre vous gachez le moment présent de peur qu'il ne cesse !

- Non non non, je ne gâche rien, je suis la Reine du préventif. Tenez, moi au moyen-âge, je les prevenais sans cesse que la bête du Gevaudan allait les massacrer, donc parfois ils mourraient de peur ! Mais sans souffrance ! Alors que les autres, ils étaient dévorés vivant.

- Et alors si je pige bien, vous obéissez à Dieu pour ne pas être seule ?

- Oh oui, Dieu, c'est mon phare, mon repère dans la tempête : c'est peut-être pas le meilleur patron, mais il est toujours là, lui au moins je le connais, il ne m'a jamais tuée ! Je ne connais pas la mort

- Mais vous manquez d'Amour, vous vivez seule, et ce depuis des millions d'années, vous n'en n'avez pas mare ?

- Si, mais c'est l'habitude, ça pourrait sans doute être pire - D'ailleurs mon Amie la Maladie me l'a confirmé : je pourrais souffrir physiquement, vieillir et ça serait horrible ça !

- Vous avez peur de vieillir ?

- Oh mais Oui ! Et où irais-je vivre ? Et comment ?

- Mais vous ne croyez donc pas à l'après-vie ? A votre propre conscience ?

- Mais quelle conscience ? Je ne pense pas moi Madame ! Dieu m'en voudrait terriblement ! La conscience c'est bon pour les Hommes, d'ailleurs c'est bien ce qu'il leur reproche !

- Ah bon ? Mais comment pouvez vous savoir ou croire un truc pareil ?

- Parce que la seule fois où j'ai pensé que j'existais par moi-même, je me suis aperçue qu'il pouvait pleuvoir et j'ai eu très Peur. Alors que vous les Hommes, vous avez inventé le parapluie.

Ne sachant plus quoi lui dire et ayant l'impression de tourner en rond, je finis ma tasse de thé, et prit la main de la peur.

- Je vous aime bien, Madame Peur, mais ne m'en voulez pas de ne pas prendre pension chez vous, j'ai mieux à faire.

Puis je me levais et laissait la Peur très contrite de ne pas m'avoir convaincue. En la regardant, je ratais la marche et me ramassais la figure dans les orties. Mais il ne me fallut que quelques minutes pour comprendre que la Peur n'y aurait rien changé, la prudence peut-être ..... de regarder devant moi lorsque je marchais.



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